Textes et dessins de Sébastien "Khan" Guyonneau
Ce petit article est dédié à tous les collectionneurs qui aiment (encore ?) les illustrations de coquilles.
La photographie et le développement des outils numériques nous permettent d’obtenir des images de plus en plus belles, ou plus fidèles à la réalité. Mais la quête de la mimesis manque à mon goût d’expression, et il est important d’apporter à la représentation de nos chères coquilles une petite griffe personnelle. Loin de moi l’idée d’exclure de ma bibliothèque les ouvrages illustrés par des photos ou de me séparer de mon attirail de capture d‘image ; j’aime simplement représenter à ma façon les coquilles qui, lorsque je les regarde, me font voyager.
Voici donc quelques conseils bien personnels (nous sommes bien loin des cours de peinture des Beaux Arts !) qui, je l’espère, donnerons l’envie à quelques uns de prendre leurs pinceaux et leurs couleurs.
Parlons-en : ne vous encombrez pas de trop de matériel, peindre un coquillage à l’aquarelle sur un papier de petites dimensions ne demande pas d’énormes moyens. Un pinceau en forme de poire, souple (type martre ou petit gris), dans les tailles n° 8 à12 pour les fonds, et un pinceau droit, un peu plus dur (type poil de bœuf), de petite taille n° 0 ou 00 pour les motifs fins. Choisissez un papier épais (environ 300g), si possible assez lisse car les papiers trop texturés gênent dans la réalisation des détails. Pour les couleurs (les puristes vont probablement m’en vouloir) toutes les peintures diluables à l’eau peuvent être utilisées : aquarelle, gouache, acrylique. Si vous débutez, n’hésitez pas à vous entraîner avec les gouaches vendues par 12 en supermarché, vous passerez à l’aquarelle fine plus tard. Pour les croquis de départ, choisissez un crayon assez sec (type HB ou plus), une gomme blanche bien propre, et une gomme mie-de-pain pour estomper les traits un peu trop lourds. Enfin, un petit verre d’eau (pensez à changer l’eau souvent, c’est un des secrets des couleurs lumineuses), un peu de papier absorbant et une palette blanche (une assiette en plastique, c’est parfait).
Les étapes présentées ici sont indicatives, et il est possible d’opérer dans un autre ordre, en suivant la règle suivante : les couleurs claires et diluées sont toujours passées en premier. Si votre premier essai n’est pas concluant ne désespérez pas. Comme tout travail manuel, l’illustration demande de l’entraînement … et de la patience !
Conus bengalensis dressé

Etape 1: le cadre
En deux dimensions, le cône se schématise par deux triangles ayant une base commune, leurs sommets opposés passant par l’axe d’enroulement de la coquille. Ce « cadre » est utile pour dessiner les courbes et l’inclinaison des spires et du dernier tour.
Etape 2:les contours
Une fois la structure mise en place, on efface le cadre, puis on corrige les courbes pour obtenir un contour fin et continu. A cette étape, l’observation est plus importante que la rigueur mathématique. Ne cherchez pas à obtenir une symétrie qui ne serait pas naturelle.
Etape 3: les ombres
On mouille légèrement l’intérieur du contour au pinceau, en prenant garde de ne pas déborder, puis on accentue les zones d’ombres en passant un noir ou un gris à partir des contours. Le travail sur papier humide (pinceau souple pour en épargner les fibres) permet d’obtenir des dégradés continus.
Etape 4: les motifs
Les zones à motifs différents peuvent être repérées au crayon à l’étape 2. Sur papier bien sec, on dessine les pseudo triangles sur fond blanc à l’aide d’un pinceau très fin et moyennement souple. Observez bien la manière dont sont imbriqués ces triangles sur le modèle.
Etape 5: le fond
Un jaune clair est passé sur les zones libres à l‘étape 4.. L’orange / rouille est passé en lignes fines dans le sens d’enroulement de la coquille. La superposition irrégulière de ces lignes sur le jaune crée des effets de transparence. Les lignes brunes sont dessinées à la fin.
Conus bengalensis couché
Etape 1:
Le cône, sous cet angle, subit les effets de la perspective. Une spirale en plan s’inscrit dans un cercle. En perspective, le cercle devient elliptique, et la spirale suit les lignes des ellipses concentriques. Pour former la spire avec justesse, dessinez dans un premier temps la totalité de la spirale, puis effacez les courbes masquées par l’angle de vision.
Etape 2:
Attention, la perspective écrase les formes, ce qui a pour effet d’élargir la base de la spire et de réduire la longueur du dernier tour. Les courbes sont aussi accentuées. Placez le modèle dans la position souhaitée par rapport à votre regard et dessinez ce que vous voyez, et non l’idée que vous vous faites du cône. Atténuez les traits avec une gomme.
Etape 3:
L’encoche siphonale est dessinée grâce à une ombre (sur papier sec), plus foncée que les autres ombres de la coquille (sur papier humide). Une fois l’ensemble sec, on peut passer le jaune clair sur les zones libres de motifs. Les dessins à base de triangles peuvent être esquissés au crayon pour éviter les erreurs de placement des formes dues à la perspective.
Etape 4:
Les motifs sont dessinés sur papier sec, en diluant progressivement les pigments de la spire vers la base. La couleur, de moins en moins vive vers la base du cône, crée un effet optique d’éloignement. N’oubliez pas que les motifs se densifient avec l’éloignement : les traits deviennent plus fins et les triangles plus petits.
Etape 5:
Les zones orangées sont formées par superposition de couches colorées, toujours du plus clair au plus foncé pour maintenir la transparence des teintes. Pour un effet plus réaliste, attendez que les lignes brunes soient sèches, puis diluez légèrement leurs bords avec un pinceau humide en suivant le sens d’enroulement.
Pour les deux cônes
Etape 6 : ombres et lumières
Si vous souhaitez donner un peu plus d’expression à votre coquille, vous pouvez ajouter des ombres portées (au crayon estompé ou avec un léger gris), des reflets à la gouache blanche sur papier sec, ou des effets de lumière sur votre feuille (voir cône couché).
A vos pinceaux !
Article publié initialement dans la revue de l'AFC, Xenophora n° 116, sous le titre : "Un cône à l'aquarelle".
Pour citer cet article : GUYONNEAU Sébastien, Peindre un coquillage à l'aquarelle, version online, www.khanshells.com, Bazas, 2011
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